Conclusion
La première moitié du XX ème siècle est marquée par d'incessantes luttes et par de continuelles redéfinitions des rôles respectifs au sein de la famille. La famille de la Belle Epoque est-elle radicalement différente de celle de 1945 ? Cela serait beaucoup dire. Pourtant, certaines mutations sont nettement observables. Tout d'abord, la France ayant franchi sa période de transition démographique, le nombre d'enfants par famille a diminué, avec encore toutefois des disparités en fonction du milieu social. Parallèlement, l'allongement de la durée de vie permet aux enfants de connaître plus longtemps leurs grands-parents. A partir de 1932, plus de 50 % des Français vivent en ville. En conséquence, de moins en moins de familles étendues vivent sous un même toit. Mais c'est surtout par rapport aux femmes que l'on constate le plus de changements. Considérées comme mineures d'après le Code Napoléon, n'ayant quasiment aucun droit et le devoir d'obéir à leurs maris, la Première Guerre mondiale va ouvrir la voie à de nouveaux comportements. L'obligation pour les femmes de travailler pour poursuivre l'effort de guerre et de diriger le ménage à la place de l'absent les pousse à prendre de nouvelles responsabilités. Sans doute, les femmes après la guerre seront sommées de "retourner à leur devoir", sur un autre front, celui de la maternité pour combler le déficit des naissances du aux années de guerre. Mais le manque d'hommes va contraindre un grand nombre de femmes à rester célibataires. Pour vivre, veuves et vieilles filles doivent donc assumer un métier. Mais après la guerre, on ne pense surtout qu'à "oublier les horreurs de la guerre". Le contexte des "années folles" et son climat de frénésie et de refus des valeurs traditionnelles, va contribuer à libérer les moeurs. Les femmes s'émancipent. Le couturier Paul Poiret condamne définitivement le corset, Coco Chanel, la modiste, lance les cheveux courts, style garçonne. Dans les milieux aisés, certaines femmes travaillent par choix et expérimentent de nouvelles formes de sexualité, telles que le saphisme. La famille devient donc une sorte de symbole : celui d'un carcan réducteur pour les féministes, celui de l'aboutissemnt de la Féminité pour les anti-féministes. Il est extrèmement difficile pour les femmes de concilier vie familiale et emploi. L'entre-deux-guerre est pourtant une période d'avancées législatives et sociales en faveur des femmes. C'est sur ce fond de reconnaissance sociale et d'émancipation de la femme que va être créé le baccalauréat en 1924 et que leur incapacité juridique sera supprimée en 1938. C'est sur ce fond de “ mutation " de la condition féminine que le Gouvernement de Vichy, quelques années plus tard, apparaît d'autant plus réactionnaire. Dans un cadre de politique nataliste, la femme est tour à tour exaltée et conspuée. Garante des valeurs traditionnelles, chargée de repeupler le pays, elle est également un danger lorsqu'elle s'avise de se comporter un tant soit peu comme un homme. Paradoxalement, la Seconde Guerre mondiale permettra aux Françaises de s'émanciper. D'une part, comme précédemment, face à l'absence d'un grand nombre d'hommes seront-elles forcées de prendre des responsabilités. D'autre part, leur participation active dans la résistance leur aura donner reconnaissance et légitimité. En 1945, enfin, le droit de vote leur est accordé, leur donnant de fait un statut identique aux hommes. Le drame de l'holocauste et les horreurs de la guerre moderne auront eux aussi contribué à modifier la place de la famille dans la société. Déportations, bombardements, peu de familles auront la chance de ne perdre aucun de leurs membres. En bref, s' il est difficile de dire que la famille à réellement évolué dans sa forme au cours de ce demi-siècle, il ne fait aucun doute que les relations de ses membres ont muté.
Mais quelle est aujourd'hui la place de la famille dans notre société ? Et la femme peut-elle toujours être considérée comme le “pilier” de celle-ci ? Certes, de nos jours, la parité n'est pas totale, et de nombreuses avancées sont encore possibles en ce domaine, mais la femme n'étant plus exclue de la sphère publique, quelle est désormais sa place au sein de la cellule familiale ?