I/ Tableau de la famille de la Belle Epoque : 1900-1914
Le cadre législatif du Code Napoléon
| Extraits du Code Civil Article 213 : le mari doit protection à sa femme, et la femme doit obéissance à son mari. Article 217 : la femme même non commune ou séparée de biens ne peut donner aliéner hypothéquer acquérir à titre gratuit ou onéreux sans le concours du mari dans l’acte ou son consentement par écrit. Article 229 : le mari pourra demander le divorce pour cause d’adultère de sa femme. Article 230 : la femme pourra demander le divorce pour cause d’adultère de son mari, lorsqu’il aura tenu sa concubine dans la maison commune. Article 373 : le père seul exerce l’autorité sur les enfants durant le mariage. Article 1428 : le mari a l’administration de tous les biens personnels de la femme. Il peut exercer seul toutes les actions mobilières et possessoires qui appartiennent à la femme […]
Code Civil |
Le Code Civil est créé en 1800 par Napoléon Bonaparte qui charge un groupe de juristes de rédiger un projet de code unifiant le droit pour tout le pays. Ce recueil fixe la configuration de la famille et la place de la femme durant tout le XIXème siècle et reste d‘actualité au début du XXème. Il entre en vigueur le 21 mars 1804 sous le nom de Code Civil des français. La première édition est suivie d’une deuxième qui parait en 1807 et qui s’intitule « le Code Napoléon », en hommage à l’Empereur. D’après Napoléon Bonaparte, la famille est un ensemble de personnes mais aussi un patrimoine qu’il faut transmettre en héritage. C’est pour la protéger que l’Empereur conserve cette inégalité juridique entre hommes et femmes.
En effet, ce code est particulièrement discriminatoire dans la place qu’il accorde aux femmes dans la société. Ainsi quand on demande ce qu’est une femme, la réponse est claire : il s’agit d’un citoyen secondaire si elle n’est pas mariée, ou alors d’un être mineur et incapable, si elle est mariée. Il ne leur est accordé aucun droit politique ou civil. En revanche, on peut remarquer une égalité parfaite en ce qui concerne les devoirs : hommes et femmes sont au même niveau face aux impôts et à la prison.
Le Code Napoléon traduit toutes les idées « méridionales » de l‘Empereur. Contrairement aux progrès sur l’égalité hommes/femmes que l’on aurait pu attendre de sa part, on constate plutôt un mouvement réactionnaire.
« Je n’apprécie pas les femmes qui se mêlent de la politique »
Napoléon
Les enfants
A la campagne et dans les milieux ouvriers, les enfants ne sont considérés que comme des bouches à nourrir ou comme des bras, et leur nombre par famille est très fluctuant . Pour les ouvriers et pour les paysans pauvres, l’enfant représente une force de travail. Beaucoup travaillent à partir de 10 ans, malgré des efforts législatifs. Il est donc vital de faire beaucoup d’enfants, et les familles de dix enfants ne sont pas rares. Ceux-ci sont, sinon maltraités, du moins largement rudoyés et livrés à eux-mêmes. Il en découle une forte mortalité infantile. En 1898, une loi tente de limiter les mauvais traitements infligés aux enfants. Mais dès que les couples accèdent à la propriété, le nombre d’enfants se réduit fortement. Ainsi, la famille Viahle1, avec ses trois enfants est-elle déjà considérée comme nombreuse. Cela s’explique notamment par la disposition du Code Civil sur l’héritage. En effet, les terres et les biens sont répartis entre tous les enfants, ce qui divise la fortune. De plus, avec les lois de Jules Ferry rendant l’école obligatoire pour tous, les enfants sont moins disponibles pour travailler. De plus en plus, les familles de deux enfants se développent, sur le modèle bourgeois.
Dans les milieux bourgeois et aristocrates, les enfants sont peu nombreux pour ne pas disperser le patrimoine. Ils sont souvent confiés à des nourrices ou à des bonnes d’enfants. C'est le cas par exemple du Narrateur de la Recherche2, confié à la garde de Françoise lors de leurs séjours à Cambray. Il en est de même pour Simone de Beauvoir3 et sa soeur, gardées par Louise. L’âge de la majorité est à 21 ans, mais les enfants restent sous l’autorité du paterfamilias jusqu’à sa mort. Michelet analyse les conséquences cet état de fait : “Les colères de Jean-Edouard devenaient terribles dès l'instant où il estimait que l'on portait atteinte à son autorité. Il avait subi celle de son père jusqu'à l'âge de quarante ans et entendait bien imposer la sienne aussi longtemps qu'il le pourrait.”1
1Des Grives aux loups. C. Michelet
2Du côté de chez Swann. M. Proust
3Mémoires d'une jeune fille rangée. S. de Beauvoir
Le père et l'époux
Dans la famille, les hommes sont omnipotents. En effet, le Code Civil établit la supériorité du mari dans le ménage et du père dans la famille. Si celui-ci doit assurer à sa femme protection, logement, vêtement, nourriture ou remèdes en cas de maladie, elle-même doit obéissance à son mari. Elle est considérée comme mineure et incapable. Le père domine totalement l’espace public et jouit seul des droits politiques, mais ses pouvoirs sont aussi domestiques. Tout d’abord, il est maître de l’argent. Dans les milieux bourgeois où la femme ne travaille pas, il règle les dépenses du ménage en donnant à sa femme une somme globale. Lorsque la femme produit un travail salarié, son salaire est reversé au mari, jusqu’en 1907. Il a également droit de regard sur les fréquentations, les sorties, les allées et venues de sa femme. Il peut intercepter son courrier, mais le contraire est illégal. Quant aux enfants, il est seul juge en ce qui concerne leur éducation et le mariage, du moins jusqu’à 25 ans pour les garçons. Ainsi lorsque Louise Vialhe décide d'épouser Octave Flaviens, lui faut-elle obtenir une autorisation paternelle,qu'il n'octroie que parcequ'il croit qu'elle est enceinte.1 Le père peut également faire arrêter ses enfants et user des prisons en cas de graves mécontentements au titre de la « correction paternelle ». C'est ce que met en scène Martin Du Gard, dans Les Thibault : suite à une fugue, Jacques, le fils cadet, est interné par son père au pénitencier de Crouy2. Même lorsque les familles ne connaissent pas des situations aussi tendues, le père reste une figure autoritaire. Tel apparait également le père de Poust, admiré par sa femme et craint par son fils « parce qu'il n'y avait pas avec lui de droit des gens »3.
1Des Grives aux loups. C. Michelet
2Les Thibault. R. Martin du Gard
3Du côté de chez Swann. M. Proust
La mère et l'épouse
Les femmes ne sont pas considérées comme des individus responsables, elles ne comptent que comme filles, épouses et mères. La figure féminine est exaltée par les arts - littérature, peinture ou sculpture - mais sa situation réelle est bien différente. En effet, comme nous l’avons dit, les femmes subissent la suprématie masculine : celle du père tout d’abord, puis celle du mari, et cette situation est entérinée par l’article 213 du Code Civil.
Une femme ne peut pas exercer une activité professionnelle sans l’accord de son époux ni se présenter à un examen, s’inscrire dans une université, ouvrir un compte en banque, avoir un passeport personnel, un permis de conduire, ou se faire soigner dans un établissement médical si elle le juge nécessaire. Le mari administre les biens du ménage. Jusqu’en 1907, si la femme travaille, son salaire est remis à son époux. De plus, elle touchera systématiquement un salaire inférieur à celui d’un homme puisque l’on considère le salaire féminin comme un appoint. En 1907, le système des « biens réservés » permet à l’épouse de gérer son salaire et ses économies s’ils sont réservés aux besoins du ménage. Ce système est mis en place afin de palier la misère due à l’alcoolisme masculin. Cependant, le mari peut attaquer sa femme devant les tribunaux s’il estime que celle-ci n’use pas convenablement de ces biens.
Pour une femme, il est très mal vu de travailler, au contraire, son rôle est de rester à la maison afin de s’occuper de son foyer, de son mari et de ses enfants. Pourtant, en 1913, la proportion de femmes produisant un travail rémunéré est de 37 % des actifs. Ce sont surtout des femmes jeunes, qui arrêteront après leur mariage, mais aussi des femmes qui travaillent pour survivre, ou encore des célibataires qui y consacrent leur vie, institutrices ou Demoiselles des Postes par exemple. Nous y reviendrons. Les femmes qui travaillent par choix sont culpabilisées. En effet, on les accuse de ne pas s’occuper de leurs enfants, d’être de mauvaises épouses et de mauvaises mères. Mais jusque là, il n’était question que du travail salarié. Il est tenu pour naturel qu’une femme aide son mari, aussi souvent son travail n’est-il pas considéré comme effectif, et n’est donc pas rémunéré. C’est le cas par exemple des paysannes, des épouses de petits commerçants, bouchers, boulangers, épiciers…
Il est parfaitement exact que le sieur V. Camille demeurant à Florac tient un magasin ouvert journellement pour la vente du charbon de terre, de faïence et de poterie au détail. Ce magasin est tenu habituellement par la femme du susnommé ou par un membre de sa famille, mais toutes les affaires se traitent en son nom. On ne peut guère fixer le nombre d’heures pendant lesquelles Mme V. y est présente attendu que celle-ci en même temps qu’elle s’occupe de son ménage sert la clientèle lorsqu’elle se présente, le magasin se trouvant au rez-de-chaussée du logement particulier de l’intéressé. M. V. de son côté s’occupe plus spécialement de la vente du charbon et du charroi en ville des marchandises.
A.D. de la Lozère
Physiquement, les femmes ne sont pas maîtresses de leurs corps. Même si le modèle bourgeois de la famille de deux enfants tend à se répandre, pour la grande majorité des femmes, les grossesses se succèdent, sans possibilité de régulation, avec les risques que cela implique. De plus, le mari a le droit de battre sa femme, et ne s’en prive généralement pas, du moins dans les milieux ouvriers et paysans. La virginité ayant valeur de capital dans tous les milieux propriétaires, le corps de la « pure jeune fille » fait parti de la dot. La honte serait terrible pour celle qui aurait « fauté » avant le mariage. Dans certaines campagnes, on suspend les draps nuptiaux aux yeux de tous, comme preuve. Dans les milieux ouvriers, les filles sont tout de même plus libres, et même si la fille-mère subit toujours l’opprobre générale, cela n’empêche pas les aventures, les flirts. Les artistes entretiennent souvent des relations avec des filles de cette condition. Le concubinage n’est pas rare non plus, beaucoup de gens attendant d’accéder à une aisance matérielle suffisante pour fonder une famille. Cependant, pour beaucoup de ces filles, c’est la prostitution, ponctuelle ou continue, qui les attend.
Dans l’ensemble, les femmes sont beaucoup plus religieuses que les hommes. Le dimanche, le taux de fréquentation des églises est de l’ordre de dix femmes pour un homme. Ces derniers, quant à eux plus matérialistes, se retrouvent volontiers au café. De ce fait, l’église possède un fort pouvoir d’ingérence dans la famille. Les prêtres conseillent les femmes sur leur conduite, sur l’éducation des enfants, sur leurs relations avec leur mari, et contribuent à maintenir le statut social de la femme. Un exemple frappant du pouvoir des prêtres sur les femmes se trouve dans l'oeuvre de Michelet : lorsque les âmes de damnés, qui sont en réalité des oiseaux migrateurs, passent au dessus de Saint-Libéral, une certaine nuit par an, il est interdit à tout le monde de se cajoler. De nombreux hommes seraient passés outre, n'eût été la résistance de leurs épouses1. L'école de la République n'étant pas encore totalement entrée dans les moeurs, l’église joue également un rôle important dans l’éducation des jeunes filles, éducation par ailleurs fort sommaire : écrire, lire, compter, connaître les Saintes Ecritures, et pour la bourgeoisie, savoir recevoir et jouer du piano. C'est cette éducation qu'ont reçues les mères de Simone et de Zaza2, et qu'elles souhaitent reproduire sur leurs filles. Aussi n'est-il pas étonnant, après la perte de foi de la jeune fille, que Mme de Beauvoir et sa fille ne puissent plus communiquer. Mais nous reviendrons plus en détail sur l'éducation des jeune filles.
1Des Grives aux loups. C. Michelet
2Mémoires d'une jeune fille rangée. S. de Beauvoir
Mariage, adultère et divorce
Le mariage est défini par un cadre normatif très strict : hétérogène et souvent endogamique. Ce n’est pas une union d’individus qui est alors considérée, mais l’association de fortunes, de noms, de compétences, de familles ou de terres. Pour le père Viahle, il est impensable que ses filles n'épousent pas un agriculteur, ou que son fils épouse Mathilde, une jeune fille pauvre dont il est amoureux.1 Le mariage d’intérêt est considéré comme la norme.
La virginité fait figure de capital, du moins dans la société bourgeoise ou propriétaire. En ville, on cache aux jeunes filles tout ce qui se rapproche de la vérité conjugale, et la figure de la « pure jeune fille » est exaltée. A la campagne, la proximité du bétail rend plus difficile le maintien de la jeune fille dans l’ignorance. De son côté, le jeune homme a « vécu », il a fréquenté des cocottes ou des filles de petite vertu et la bonne société le considère avec indulgence, même si la chasteté est plutôt conseillée en raison des ravages de la syphilis. Simone de Beavoir s'indigne : « Ma conduite se conformait à la morale en vigueur dans mon milieu ; mais je n'acceptais pas celle-ci sans une importante réserve ; je prétendais soumettre les hommes à la même loi que les femmes. Tante Germaine avait déploré à mots couverts devant mes parents que Jacques fût trop sage. Mon père, la plupart des écrivains et, somme toute, le consentement universel encourageait les garçons à jeter leur gourme. Le moment venu, ils épouseraient une jeune personne de leur monde ; en attendant , on les approuvait de s'amuser avec des filles de petite condition : lorettes, grisettes, midinettes, cousettes. Cet usage m'écoeurait. [...] D'autre part, je m'insurgeais au nom de la blanche fiancée avec qui je m'identifiais. Je ne voyais aucune raison pour reconnaître à mon partenaire des droits que je ne m'accordais pas. [...] Je m'entêtais donc, en dépit de l'opinion publique, à exiger des deux sexes une identique chasteté. »2
Le mariage est une cérémonie très réglementée : la mariée est vêtue de blanc, le marié en habit ; la réception présente le nouveau couple aux yeux du monde. Enfin, la nuit de noce, qui est souvent
un véritable choc tant moral que physique pour la jeune fille. Par la suite, le « devoir conjugal » permettra au mari d’user de violences - avec certaines limites - sans risques pour lui.
« L’époux rude et sans grâce procède à l’assaut de la couche nuptiale. Les appétits excessifs enluminent sa face, il pue le cigare et la chartreuse, et pour réclamer son du, il a des galanteries de matelot en bordée. Des vieux lui ont affirmé que l’amour à la hussarde, il n’y a que ça de vrai »
Colette
Ces mariages conventionnels et sans amour, tels que les dénoncera Victor Marguerite en 1922, dans la Garçonne, sont un terrain propice à l’adultère. Il est difficile de le mesurer, mais un détail statistique pourrait peut être servir de preuve. Les romans de l’époque décrivent la scène : la dame visite son amant dans sa garçonnière, de 5 heures à 7 heures. Celui-ci la déshabille et lui enlève son corset, puis commence « l’entretient » proprement dit. Le temps passe trop vite. La dame s’écrit : « Mon dieu, 7 heures et demie ! » Impossible de remettre le corset, il faudrait vingt minutes pour le lacer. Elle le roule donc dans un journal et part précipitamment. Or, au bureau des objets perdus, on constate à l’époque un nombre grandissant de corsets oubliés, dans des fiacres notamment. Quant aux hommes, ils fréquentent ouvertement les cocottes et les maisons closes sans que cela ne soit considéré comme un adultère.
Le divorce est rétablit depuis 1884. L’un des deux conjoints peut demander le divorce en cas d’adultère, de condamnation de l’un des époux à une peine de prison infamante, de sévices, de coups et blessures, de séquestrations… Mais la sévérité diffère entre un homme et une femme. Par exemple, l’homme n’est considéré comme adultère que s’il vit dans un état de concubinage.
1Des Grives aux loups. C. Michelet
2Mémoires d'une jeune fille rangée. S. de Beauvoir
Les personnes âgées
Autour du noyau central parents-enfants se dessinent les cercles d’une parenté plus ou moins distendue en fonction du milieu social. Ainsi, la présence des grands-parents à domicile est-elle classique dans les milieux ruraux, mais plus rare dans les milieux urbains, du fait notamment de l’exiguïté des logements. La vieillesse est pour tous une étape difficile de la vie, qui demande une recomposition des rôles. L’allongement progressif de l’espérance de vie permet la coexistence de trois générations plus souvent et plus longtemps, 10 ou 15 ans en moyenne. Les grands-parents peuvent se permettre d’être doux avec les enfants, étant libérés des contraintes de l’éducation, bien que souvent ils en soient chargés. L'amour qui lie Bathile à son petit fils est palpable dans l'oeuvre, et la vieille dame se fait bien du souci pour la « santé fragile et le manque de caractère » du jeune garçon1.
A la campagne, la vieillesse est un moment très critique. Les hommes, devenus incapables de travailler sont à la merci de leurs enfants, et sont considérés comme des bouches inutiles. Errant d’un enfant à l’autre, ils sont généralement laissés sans soins ou maltraités On attend leur mort avec impatience. Pour les vieilles femmes, la situation est quelque peu différente : elles peuvent encore se rendre utiles, en s’occupant de la maison, des bêtes et des enfants. Dans les milieux ouvriers, les vieux conservent le plus longtemps possible leur indépendance, aidés en cela par la loi de 1905 qui institue l’assistance obligatoire aux vieillards les plus démunis sous le nom de « Retraites Ouvrières et Paysannes ». Son financement est assuré conjointement par les salariés, les employeurs et l’État. La loi 1905 affirme le principe de la « dette sociale » que la République doit aux anciens. Vers 1900, 10 % seulement des ouvriers sont affiliés à une caisse de retraite. La loi de 1910 instaure pour les petits salariés une obligation de cotisation jusqu’à 65 ans, mais cette réforme n’est pas très appréciée, et qualifiée de « retraite pour les morts ». En effet, l’espérance de vie se situe entre 50 ans et 65 ans environ pour les hommes. Quant aux femmes, le système de retraite les marginalise. En effet, leur travail est, soit non rémunéré, soit trop discontinu pour réunir les anuités nécessaires. L’hospice est le dernier recours des vieilles personnes indigentes.
Lorsque les fonctions assignées par la société ont pris fin, l’âge peut être un facteur d’exclusion pour celles qui, célibataires ou veuves le plus souvent, sont amenées à se retrancher de la société, et à entrer en institution prématurément. Mais l’âge est aussi un facteur de libération, puisqu’il soustrait la femme aux convenances qui la maintenaient étroitement dans la sphère domestique. Au village la « femme-qui-aide », celle qui va de maison en maison pour assister les accouchées, ou faire la toilette des défunts, est toujours une vieille femme. Dans les classes aisées la « dame d’œuvres » s’engage sur des terrains d’où les femmes sont ordinairement exclues, côtoyant les édiles masculins ou pénétrant dans les classes défavorisées.
« Un père peut nourrir douze enfants,
mais douze enfants ne nourriront pas leur père. »
Proverbe populaire
1Du côté de chez Swann. M. Proust
En somme, la famille de la Belle Époque, telle qu’elle est définie par le Code Napoléon, est protéiforme et influencée dans sa composition interne et les relations qui existent entre ses membres par divers facteurs. Ainsi, le milieu social déterminera-t-il le nombre d’enfant, le rôle des femmes dans le ménage, la liberté de mœurs accordée aux jeunes filles ou encore le statut des vieilles personnes. L’âge est également un facteur déterminant pour ce qui est de la place des membres de la famille au sein de celle-ci tout d’abord, puis par rapport à l’ensemble de la société.
La Première Guerre mondiale va bouleverser ce schéma. Trois millions d’hommes morts ou gravement blessés, associés à quatre ans d‘émancipation féminine forcée entraîneront une mutation de la famille et des relations intrafamiliales. Pourtant, tout ne change pas et certaines caractéristiques de la Belle Époque perdurent. D’autres tendances, entamée avant 1914 trouvent leur aboutissement suite au conflit.