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Publié le par TPE

  

 

Représentation de la femme et mode vestimentaire

Les années folles

 



Sexualité, contraception et avortement
 

           Depuis les lois natalistes de 1920, la contraception et l'avortement sont interdits en France. L'État impose une sexualité normative, liée à la reproduction et considérée comme la vraie sexualité. Cependant des sexualités nouvelles apparaissent dans lesquelles la question du plaisir est mise en avant.
 

A/ Contraception et avortement. 

          Les lois de 1920 interdisant la vente et la publicité des moyens de contraception et la provocation à l’avortement, puis celle de 1923 correctionnalisant l’avortement, symbolisent le contrôle de l’État sur le corps des femmes. Ces lois délimitent une sexualité normative hétérosexuelle, perçue comme l’acte nécessaire à la procréation. 

 « Si toutefois mon fils tu baises 
Une fille que tu ne connais pas
N’oublie pas la capote anglaise
Tu ne t’en repentiras pas.

Chanson des montagnes du Berry


          Le seul moyen de contraception autorisé par crainte des maladies vénériennes, le préservatif, est masculin. Son usage est largement connu, mais son usage reste limité à quelques téméraires initiés. En effet, il n’est pas toujours aisé de s’en procurer. Jugé trop prosaïque, le préservatif ne fait pas non plus l’unanimité. Monique Lerbier le trouve ridicule et « elle ne se voyait pas priant Briscot de coiffer, avant de l'approcher, une de ces calottes, un de ces préservatifs, non, vraiment ! Cela la dégoûtait. »1 Il est donc surtout utilisé pour les rapports vénaux. 
          Avant la Deuxième Guerre mondiale, sont surtout pratiqués la chasteté, l’injection vaginale post-coït et le coït interrompu, appelé aussi « coït à la retirette » dans La Garçonne ou «  semer au vent » dans Des grives aux loups . La méthode Ogino, qui consiste à s’abstenir de rapports sexuels durant la période de fécondité du cycle féminin, commence à être vulgarisée à partir de 1933. Elle n’est guère performante : le taux d’échec est de 28% année-femme. Les techniques de contraception restent donc limitées car interdites ou difficiles d’accès.
          Cette inefficacité de la contraception a pour corollaire la multiplication des avortements, clandestins, mais banals dans toutes les classes sociales, le fœtus n’étant généralement pas considéré comme un être humain. Les moyens utilisés sont aussi divers que dangereux pour la santé : la technique de « l’aiguille à tricoter » qui consiste à s’introduire une aiguille à tricoter dans l’utérus, ou celle plus médicale de la sonde, ne sont pas sans risques. Embolies
* ou hémorragies sont courantes. Les femmes obtiennent en générale l’aide d’un membre de la famille ou d’une « faiseuse d’anges ». Malgré les risques physiques, sociaux et culturels que présente l’avortement, de nombreuses femmes y ont recours, ce qui montre leur détermination. Le sentiment qui paraît dominer chez les avortées n’est pas forcément la honte ou la tristesse, mais plutôt le soulagement.
           Refuser la maternité équivaut à remettre en cause à la fois la procréation comme finalité de la sexualité et la vocation de la femme à être mère. En règle générale, l’enfant est refusé quand la femme n’est pas mariée, les filles-mères subissant l’opprobre général. Les femmes mariées peuvent é
galement refuser de nouvelles grossesses difficiles à supporter physiquement, financièrement ou moralement. Celles qui n’ont pas le courage ou la possibilité d’avorter, mais qui ne désirent pas ou plus d’enfant, vivent très mal leur état.
           Les hommes aussi se sentent concernés par la maternité – et donc la paternité – et l’avortement, parfois du fait des femmes qui tentent de les culpabiliser en les accusant de n’avoir « pas fait attention », se vengeant en quelque sorte de la souffrance morale et/ou physique engendrée  par le fait d’avorter. Victor Marguerite, décidément très en avance sur son époque du point de vue féministe, affirme que « la maternité n'avait de raison d'être, et de grandeur, que consentie. Mieux, voulue ». Il ne sont pas nombreux à partager ses idées.
 


 

Une femme désigne à son amant le fœtus mort et lui dit : « c’est toi quand tu étais petit ». 
Une autre présente le présente à son mari en lui déclarant : « c’est un garçon et il te ressemble ». 
Ce type d’attaque féminine heurte la sensibilité masculine.
*Association pour l’Autobiographie et le Patrimoine
 

 

 

 * Obstruction d'un vaisseau sanguin par une cause naturelle ou par un corps étranger

B/ Sexualité et homosexualité 

          L'État, l’église et la société imposent une sexualité normative, liée à la reproduction et considérée comme la vraie sexualité. Ils mettent à l’index les rapports extraconjugaux, qui recherchent plus le plaisir que la procréation et qui ne souhaitent pas forcément fonder une famille. Les filles-mères sont montrées du doigt et déshonorées.
 
           La peur de l’enfant constitue donc un frein. Elle empêche souvent les jeunes filles d’aller au-delà du flirt. D’autre part, cette « peur au ventre » rend certaines femmes insensibles au plaisir physique, tandis que d’autres assimilent la maternité à une sorte de punition de la jouissance. La « peur au ventre » est aussi une réalité pour les hommes. 
         Quant à la sexualité conjugale – le fameux devoir conjugal – elle a essentiellement un but procréatif.

          L'homosexualité, phénomène non reconnu et marginal, est très présent dans la littérature. Dans Les Thibault, l'intrigue se noue autour de ce malentendu. Lorsque sa corresponsdance avec l'un de ses amis, notée dans un cahier gris, est découverte Jacques Thibault est soupçonné d'entretenir avec le jeune garçon des relations « malsaines », et homosexuelles. Le père est scandalisé. Il ne peut que répéter « Je suis attéré », et croit sur parole l'abbé, ne cherchant qu'à peine à savoir si les accusations portées contre son fils sont fondées ou non. 
           De même, M. de Vinteuil, déshonoré par les amours de sa fille avec une amie musicienne de mauvaise réputation, meurt de chagrin. Proust enfant est témoin d'une de leur rencontre, et voit les deux femmes profaner la photo du mort en crachant dessus. Mais cette cruauté n'est peut être qu'une « simulation de méchanceté », destinée à exorciser leur honte du plaisir. 1 
           Enfin, dans la Garçonne, bien sûr, les relations homosexuelles ne manquent pas : Niquette, lady Springfield, Ginette, sont autant de liaisons saphistes de Monique. Mais celle-ci, après « sa guérison » auprès de Georges Blanchet, ne ressent plus que dégoût pour ces anciennes amours et pour sa vie dissolue. Cepandant ce récit ne peut être considéré comme un témoignage sûr de ce type de relation : plus que descriptions réalistes, l'auteur s'en sert en tant qu'exemples pour appuyer sa thèse. A l'en croire 90% de la haute société parisienne aurait été lesbienne. 
           Il semble donc que l'homosexualité soit vécue comme une souffrance, pour la famille comme pour les amants. Le poids de la religion, de la société et des préjugés pèse sur les individus qui ne peuvent pas se libérer du joug sans se déconsidérer et s'avilir. C'est une souffrance aussi pour les parents qui perdent leur réputation et se rendent responsables du « vice » de leurs enfants.

 

1La Garçonne.V. Marguerite

1Du côté de chez Swann. M. Proust

 


 

Des avancées législatives

            L'entre-deux-guerres, on ne peut s'en étonner, voit donc se développer une idéologie très hostile au travail féminin : celui-ci serait responsable de la dénatalité, de la désagrégation des foyers, de la dégénérescence des moeurs, de l'abdication des parents... Il serait le signe de l'égoïsme individualiste de femmes oubliant leur unique destin «naturel» , la maternité. Le sénat avait été voulu conservateur, il le fut : en 1919, 1925, 1932 et 1935 il refusa d'entériner le droit de vote des femmes proposé par les députés.
           Pourtant, les femmes bénéficient de certaines avancées législatives. En 1930 elle peuvent devenir juges, en 1937 elles sont autorisées à enseigner le latin, le grec et la philosophie, droits dont bénéficiera Simonde de Beauvoir. La même année, les femmes mariées obtiennent le droit d’acquérir un passeport sans l’autorisation de leur mari. En 1938 l'article 213 du Code civil de 1804 est réformé et supprime l'incapacité juridique des femmes. Elles ne doivent plus obéissance à leur époux.

 

 


          La période de l’entre-deux-guerres est donc une période de lutte pour ou contre l’émancipation féminine, ce qui modifie la structure de la famille, ainsi que sa raison d’être. Dans un contexte de déséquilibre démographique, le travail et l’instruction des femmes des classes moyennes, surtout, est plus apparent qu'avant 1914. Mais cette nécessité n'a pas acquis sa légitimité et suscite une opposition qui peut s'exprimer dans toute sa force avec la politique nataliste du gouvernement de Vichy.

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